France-Brésil: Marta, la reine aux six Coupes du monde, attend les Bleues

Surnommée “Pelé en jupe” par le “Roi” lui-même, Marta dispute en Océanie son sixième Mondial à 37 ans. Considérée par de nombreux observateurs comme la plus grande joueuse de tous les temps, la “Rainha Marta” s’élance pour ce qui sera vraisemblablement sa dernière Coupe du monde, où elle vise un premier titre. Une conquête qui devra passer par un succès contre la France ce samedi, après son écrasante victoire face au Panama en première journée.

Une course après un record all-time

Un titre qu’elle a effleuré lors de la Coupe du monde 2007, où sa Seleçao s’est inclinée 2-0 en finale face à l’Allemagne. En Océanie, l’attaquante d’un mètre soixante-deux pourrait devenir la première joueuse – hommes et femmes confondus – à marquer lors de six Mondiaux. Un record qu’elle pourrait partager avec l’autre doyenne de la compétition, Christine Sinclair.

“Ce sera certainement ma dernière Coupe du monde”, a annoncé celle qui peut donc encore améliorer son propre record de buts en phase finale, actuellement à 17 réalisations (une de plus que le recordman masculin Miroslav Klose). “Il est logique que je ne sois plus la Marta d’il y a 20 ans, mais physiquement je suis très bien et mentalement encore mieux”, s’est défendue celle qui a démarré sa préparation avec une gêne à la cuisse.

“Marta est la reine, l’icône”

Pour la sélectionneuse du Brésil, la Suédoise Pia Sundhage, la simple présence de Marta dans le groupe reste un atout: “Marta est la reine, l’icône. Elle est généreuse et elle a beaucoup d’énergie. Sera-t-elle titulaire? Je ne le sais pas encore. Mais je suis certaine qu’elle remplira au mieux le rôle que je lui donnerai.” Rare rescapée d’une sélection éliminée par la France en 8e de finale lors du Mondial 2019, elle est entourée de jeunes joueuses, dont 11 sur 23 font leur début dans la compétition.

En l’absence de deux autres figures historiques, Formiga et Cristiane, Marta amène cette dose d’expérience. “Elle n’est pas aussi rapide qu’avant, elle ne sort plus autant du lot, comme aux JO 2008, mais elle demeure très importante pour nous, rien que par sa présence” a défendu Pia Sundhage.

Écarté des terrains pendant un an

D’autant que celle qui a soulevé trois fois le trophée de la Copa América (2003, 2010 et 2018), revient d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou droit, l’ayant écartée des terrains pendant un an. Une grave blessure qui l’a empêchée de remporter la dernière Copa América avec la Seleçao et de disputer le championnat américain avec son club d’Orlando.

Mais si elle accumule les multiples récompenses individuelles, étant toujours la seule joueuse à avoir décroché six fois le trophée de meilleure joueuse du monde décerné par la Fifa (2006, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2018), sa fierté reste ailleurs. L’attaquante aux 112 buts en 165 sélections, loin devant Neymar et Pelé avec 77 réalisations chacun, est celle qui a ouvert la voix aux jeunes filles brésiliennes.

“Cela aurait plus de valeur que tous les titres”

“Je suis tellement fière de savoir qu’il y a peut-être des enfants qui me regardent et que cela peut les inspirer à viser les étoiles. Cela représente beaucoup pour moi. Cela aurait plus de valeur que tous les titres, médailles ou trophées que j’ai gagnés. Être quelqu’un que les petites filles peuvent admirer, quelqu’un qui leur montre que leurs rêves peuvent devenir réalité? Avoir un tel impact, un tel héritage? Pour moi, c’est tout ce dont je peux rêver”, écrivait Marta dans une lettre ouverte pour The Players Tribune juste avant d’affronter le Panama.

Native de Dois Riachos dans l’Alagoas, un des Etats les plus pauvres du Nord-est brésilien, elle raconte comment sa mère la laissait jouer au foot du soir au matin, alors qu’elle empilait les petits boulots pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants, à sa charge après le divorce. Elle ne peut aller à l’école qu’à neuf ans, faute d’argent pour l’achat de fournitures scolaires.

“C’est grâce à ma mère que je suis ce que je suis”

Au milieu des garçons, elle participe à des tournois, jusqu’à ce qu’un entraîneur la chasse. Les garçons la menaçaient de lui casser la jambe, ne supportant pas de se faire dribbler par une fille. “J’aimais trop le football pour me laisser décourager. Quand les garçons me disaient des conneries, je les ignorais et je continuais à jouer. Ensuite, quand je rentrais à la maison après les matchs, c’est ma mère qui me donnait de la force”, raconte celle qui ajoute: “C’est grâce à ma mère que je suis ce que je suis.”

Après un bon coup de pouce d’un responsable local et un essai réussi à Vasco de Gama, elle lance sa carrière professionnelle et dispute à 17 ans son premier Mondial en 2003, comme Pelé. Avant de devenir la star plantétaire qu’elle est aujourd’hui, poursuivant sa carrière entre la Suède et les Etats-Unis.

Jouer pour Marta

Ambassadrice de l’ONU pour l’égalité hommes-femmes, elle est une source d’inspiration pour de nombreuses Brésiliennes qui adorent jouer au foot, mais sont souvent stigmatisées dans un pays très machiste. “Il n’y a pas si longtemps, ceux d’entre nous qui aiment le football féminin se battaient pour obtenir une meilleure structure. Aujourd’hui, c’est chose faite, constate elle-même Marta. Nous demandions plus d’investissements. Aujourd’hui, c’est chose faite. Nous demandions une meilleure exposition. Aujourd’hui, c’est également le cas. Nous avons encore du chemin à parcourir, mais je pense que les gens ne réalisent peut-être pas pleinement à quel point nous avons progressé.”

Des progrès dont la nouvelle génération lui est très reconnaissante, souhaitant rendre hommage à la star brésilienne en brillant lors de ce Mondial. “Je veux gagner pour elle, pour l’histoire, pour ce qu’elle a fait et pour ce qu’elle continue de faire”, espère Kerolin, très émue lorsqu’elle évoque sa coéquipère, qui avait fait le forcing auprès de Pia Sundhage pour qu’elle soit convoquée.

“Tout le monde veut être avec Marta, l’écouter parler, la regarder jouer, a surrenchéri Ary Borges dans une tribune lui étant destinée, elle qui est devenue la première joueuse à marquer pour ses débuts en Coupe du monde depuis… Marta. C’est peut-être parce que nous savons que c’est probablement la dernière Coupe du monde de Marta. Nous voulons courir pour elle, nous voulons battre les défenseurs pour elle, nous voulons éliminer les attaquants adverses pour elle. Nous voulons tout simplement profiter de chaque seconde de notre vie aux côtés de Marta dans ce grand moment.”

Article original publié sur RMC Sport

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